La Passion du Théâtre

Découvrir un texte théâtral, s’enflammer pour ce qu’il défend, pour les surprises qu’il provoque, pour l’imaginaire qu’il réveille ou l’effroi qu’il suscite et rêver sur un rôle, c’est ça le bonheur.

Des deux côtés du rideau, j’aime toutes les sensations théâtrales. Celles éprouvées par la spectatrice que je suis embarquée dans le rêve d’une autre ou d’un autre – auteur.e, metteur.se en scène, acteurs et actrices – qui croit dur comme fer au mensonge qui se déroule sous mes yeux et celles de l’actrice qui redécouvre chaque soir sur scène la force dramatique et/ou comique des mots ou des non-dits que je joue.

Pourvu que tout ça dure encore et encore en 2020 ! Tout ça ? Le théâtre qui lie les gens au même instant, dans un même lieu, dans les sensations ou les pensées partagées.

Car quoi de plus délicieux que de trembler, tous ensemble, pour un personnage, de souhaiter qu’il s’en sorte ? Ou de rire de sa folie avec toute la salle ? Pleurer avec tous ces autres qu’on ne connaît pas, pour un être fait de mots et de lettres, de gestes et de regards inventés ? Rire d’un fantôme qui s’évanouira quand la salle se rallumera ?…

Pas sûr qu’il s’évanouisse complètement. Je pense au Bouzin de Hirsch qui reste dans la mémoire collective. Je pense à l’une des Dames du Jeudi fixée pour longtemps dans mes souvenirs par Suzanne Flon. Je pense au personnage hallucinant du médecin dans C’est Encore Mieux l’Après-Midi, incarné par Jacques Villeret qui ne s’efface pas dans ma tête, malgré les années.

A douze ans, je suis allée pour la première fois au théâtre. C’était à la Comédie-Française, on y jouait Le Cid. J’ai pleuré à chaudes larmes pour cette pauvre Chimène dont l’amoureux, en lui tuant son père, détruit toute chance d’un amour heureux. C’est ce jour-là, à ce moment exact qu’est née ma passion du théâtre. Merci Corneille.

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